Le projet Alliances Polyphoniques, raconté par les chefs de chœur !

   
Samedi 3 juin, après un an de travail, un véritable spectacle polyphonique de qualité professionnelle avait réuni 700 choristes résidant sur le territoire salvadorien. Parmi eux : 540 élèves du lycée français, 120 adultes amateurs (au sens noble de celui qui aime) et 40 choristes professionnels salvadoriens. Plus de 10 nationalités étaient représentées dans ce chœur cosmopolite, devenu dès sa création un projet phare visant à la promotion de la francophonie dans la région. C’est un véritable chœur international qui est né sur les côtes pacifiques ! Stéphanie Stozicky et Martin Le Ray nous livrent leur ressenti, un peu plus d'un mois après cette expérience unique...

Alors ça ressemble à quoi le Salvador?
 
Stéphanie Stozicky : Il y a le ciel bleu et le soleil (quand il ne tombe pas une grosse drache... nous étions en plein cœur de la saison des pluies!), l'océan pacifique, mais aussi des gaz d'échappements noirs des pick-up, des bus… des flamboyants, des mangues et des avocats à tire-larigot (pour le coup on est tombé dans la bonne saison!), des gens très sympas mais aussi des maras (que nous n'avons pas croisés fort heureusement! Je parle bien des maras, les gens sympas, on en a rencontré pas mal), un centre-ville historique de San Salvador en travaux mais avec de bâtiments incroyables comme l'église Rosario, des palmiers, des belles villas, des "bidonvilles"... Bref, c'est beau, c'est dépaysant, et bien différent de ce que nous connaissons ici !
 
Martin Le Ray : Nous avons pu visiter le centre de San Salvador avec une choriste professeure du Lycée Français, Ena, qui est salvadorienne, et qui s'est proposée généreusement de nous accompagner une demi-journée. La cathédrale, marquée par l'histoire de l'évêque Romero, et l'église Rosario, chef-d'œuvre d'architecture moderne, ont été nos principales visites dans un centre-ville complètement bouché par des travaux de rénovation gigantesques.

Avec Max, nous avions profité d'un lundi plus léger pour aller au "port" de la Libertad, une petite ville côtière à 40 minutes (sans embouteillages) de San Salvador. Ce port, c'est simplement une jetée dans l'océan Pacifique, transformée en étal de poissons semi-couvert, et au bout de la jetée, un système de poulies, remonte les bateaux remplis de pêche fraîche ! Nous en avons profité pour aller nous baigner avec précaution dans l'océan Pacifique, qui n'a de pacifique que son nom, vus les courants et les vagues énormes qui s'abattaient sur nous... Nous avons travaillé au sein de l'espace culturel du Lycée Français Antoine et Consuelo de Saint-Exupéry de Santa Tecla. Nous avons aussi profité des locaux de l'Alliance Française, qui se trouve dans le quartier diplomatique de la capitale. Les salles de classe se sont transformées en salle de répétition pour le "Coro Pro", un ensemble de 17 chanteurs issus de deux chœurs aguerris.

A la fin de notre séjour, nous avons répondu à l'invitation d'un choriste mexicain pour passer 24h dans une villa au bord de l'océan. Une fin de séjour que nous nous sommes offerts dans un luxe un peu dément, vu le niveau de vie du pays, mais malgré tout agréable après une semaine très chargée !
 

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Comment les choristes salvadoriens ont accueilli le répertoire qui avait été défini ?

Martin Le Ray : En fait, chaque groupe (NDLR : le chœur d’enfants et les deux chœurs d’adultes) avait déjà travaillé en amont, donc, nous n’avons pas pu observer pas la première rencontre avec le répertoire. Par contre, en travaillant avec eux, et en approfondissant l'interprétation, et la prononciation, le sens de certaines chansons leur sont apparu plus clairement, et pour certains non francophones (adultes), il y a eu certaines révélations face au sens et à l'histoire des chansons (Je l'aime à mourir, Medley Gourmandise,La bombe humaine ...). La compréhension du propos poétique a été une vraie clé durant les répétitions.

Stéphanie Stozicky : Comme le dit Martin, nous n'avons pas vécu la découverte avec les choristes. Je vais surtout parler des enfants, car c'est avec eux que j'ai travaillé en tant que chef de chœur : Je pense qu'ils n'avaient pas compris tous les sens des textes avant mon arrivée, et pas sûre qu'ils aient tout compris après mon arrivée ! Effectivement, même si ces enfants sont scolarisés au lycée français, vous imaginez bien que certains textes peuvent rester flous pour des élèves de CP pas encore très à l'aise avec le français ! Malgré cela, ils ont su s'approprier les chansons choisies (Poussière d'étoile, La bombe humaine, Gardien de nuit,Mama Sam et Les mains d'or), et je vous assure que les frissons étaient garantis sur la Bombe humaine… La musique est un langage universel, et même si ils ne comprenaient pas toujours intégralement ce qu'ils chantaient, la magie de l'interprétation opérait quand même.

Quelle est la particularité pour vous en tant que pianiste ou chef de chœur de diriger un public non francophone ?

Martin Le Ray : Pour moi qui dirigeait les adultes, le plus complexe a été de jongler avec les langues ! Le chœur était composé de plusieurs nationalités, francophones ou non, et au début j'ai voulu tout "faire" en espagnol ! Plus facile à imaginer qu'à réaliser. Mais les choristes eux-mêmes m'ont demandé de parler français, pour améliorer leur compréhension. Ils se sont entraidés pour se traduire les quelques mots qu'ils ne comprenaient pas. Finalement, je n'ai gardé l'espagnol que pour les informations importantes, et les blagues, sur les conseils de Max ! Dans le Coro Pro, seuls deux d'entre eux étaient francophones, donc là j'ai fait toutes les répétitions en espagnol, un petit casse-tête mental pour être réactif, spontané, et précis avec des choristes très musiciens !

Stéphanie Stozicky : En tant que chef de chœur des enfants, j'avais la chance de ne pas avoir à m'exprimer en espagnol. Heureusement pour moi qui ai fait Allemand 1ere langue et anglais 2eme langue dans ma scolarité ! Même si certains n'étaient pas encore très à l'aise avec le français, le langage corporel et universel de la musique était compris sans problème. En tant que pianiste, j'ai admiré Martin qui devait avoir 2 cerveaux lors des répétitions ! Et même si je ne parle pas bien du tout l'espagnol, je n'avais pas de difficultés à comprendre ce qu'il disait, d’autant qu’il entamait certaines phrases en espagnol pour les finir en français. Ce qui nous a permis de vivre quelques moments assez drôles en fait !

Quels ont été les principales difficultés à la réalisation de ce projet ? Culturel ? La langue ? La distance etc...

Martin Le Ray : La première difficulté a été de monter ce projet à distance, à coup de mails, de messages, et de coups de fil en horaires décalés avec Max... Il a beaucoup porté cette aventure, dont nous n’imaginions pas ici toutes les contraintes, ainsi que les tenants et les aboutissants... Une fois sur place, c'est l'adaptation qui a été notre principal défi ! 
  • Le décalage horaire (moins 8 heures en heure d'été) est très pénible à absorber en si peu de temps, et en travaillant (je dirais, d'après mon expérience perso, que c'est plus facile quand on est en vacances). On a mis 3-4 jours à dormir normalement. Il y a un autre facteur qui fatigue énormément, c'est l'adaptation au climat : même si nous sommes partis sous les 28 degrés de cette fin mai en France, l'arrivée sous les mêmes températures en soirée, et avec un taux d'humidité avoisinant les 100 % n'est pas de tout repos !
  • Puis l'adaptation à la langue avec les choristes non francophones a constitué une difficulté supplémentaire
  • Enfin l'adaptation à la culture locale. Ici en France, les horaires, la ponctualité et le respect des engagements est un principe de politesse souvent suivi. Au Salvador, c'est, comment dire, différent ! Si l'enthousiasme est là, réel et contagieux, les "règles" ne sont pas suivies comme ici. Commencer en retard, déplacer des répétitions prévues pourtant en amont, régler ou plutôt bidouiller une sono récalcitrante... Pas mal de petits ajustements, à régler, tout le temps...

Stéphanie Stozicky : J'ajouterai qu'effectivement, avec la distance, on ne savait pas réellement à quoi s'attendre par rapport à l'apprentissage des titres. Même si Max nous avait envoyé quelques vidéos des répétitions qu'ils faisaient tout au long de l'année, et Gilles (l'enseignant qui a fait travailler les enfants en amont) qui nous tenait informés par mails, tant que nous n'avions pas rencontré les choristes et entendu "de vives oreilles" le travail, ce n'était pas évident de se rendre compte et de préparer en amont le contenu des répétitions. On vous passe les petits détails techniques aussi ;) du genre : on casse le pied de synthé avant la 1ère répét, certains câbles qui ne fonctionnaient pas... Mais ça, ce sont vraiment des détails !

Que retirez-vous personnellement de cette expérience ?

Martin Le Ray :Un grand honneur : une folie d'avoir réalisé cette aventure dans des conditions spéciales et peu habituelles, et une fierté d'avoir porté le projet de Chanson Contemporaine dans cet échange international et interculturel. J'espère qu’il sera appelé à se renouveler et à se développer. J’ai pu, une fois de plus, réaliser que le travail d'équipe, même dans des situations délicates, a pu produire le meilleur sur scène, avec Stéphanie, Max et Gilles (professeur hyper investi dans la préparation des enfants et guitariste le soir du spectacle), mais aussi les techniciens et les équipes de profs et de bénévoles sur place. Et puis des rencontres humaines riches et variées, comme à chaque événement choral, sauf que là, c'est plus compliqué pour garder contact ;-)

Stéphanie Stozicky : Stéphanie Stozicky : Évidemment un grand honneur, un grand bonheur, une fierté et une chance incroyable d'avoir pu vivre cette expérience musicale et humaine ! C'était la 1ere fois que je partais à l'étranger (ailleurs qu'en Belgique! hihihi!) pour travailler. Nous avons rencontré plein de gens supers, des salvadoriens, des expats, et nous avons trouvé en chacun d'eux beaucoup de bienveillance et de gentillesse. La musique est un langage universel, et il n'y a plus de barrières lorsqu'on la partage. J'espère que ce projet n'est que le 1er d'une longue série, au Salvador ou ailleurs...!