Dans le vent des 900 avec Cabrel, Pellerin, Dylan

 "Tu vas passer le mur du temps et voir arriver des hommes, des femmes, des enfants…"  Sur scène, la voix parlée de Fred Pellerin monte de la pénombre et nous happe. 900 choristes à ses côtés soufflent un vent de début du monde. Le soleil va se lever pour la première fois sur la terre… Le conteur québécois enchante cette veillée de Nuits (de Champagne) et nous sommes presque 3000 autour du feu de camp. Solo, avec guitare et harmonica, il entonne Au commencement du monde de David Portelance et nous jette sur la route. 

Francis Cabrel rejoint vite son truculent ami (on les sent complices, heureux d’être là) et, avec Quinn l’Esquimau dont il a réalisé l’adaptation, il achève de placer le spectacle sous le parrainage de Bob Dylan. Du folk, du rock, du gospel, de l’anglais, du conte… et des auteurs compositeurs différents ! Les ingrédients de ce concert très attendu impressionnent par leur richesse, leur hétérogénéité.

Que le Grand chœur s’offre en accompagnement, chaud et vigoureux, ou qu’il prenne la mélodie, il installe sa puissance naturelle et force l’admiration par la précision, la finesse, l’énergie domptée de ses 916 chanteurs. On mesure la discipline, l’exigence qu’ils ont accepté d’avoir, le don qu’ils font pour aboutir à cette œuvre unique. Quant aux chefs de chœur, on les voit déployer des trésors d’ingéniosité, de technique, de communication visuelle pour mener l’immense convoi dans le vent des plaines.

Puisant aux racines du gospel, l’envoûtante puissance mélodique de Blowin’in the wind (Dylan), quasi chamanique, nous soulève… Comme l’enfant du conte qui prend toute l’envergure qu’il faut pour que "le vent prenne dedans et qu’il fasse son chemin", le Grand chœur trace la route.

La célèbre Petite Marie (Cabrel) éclate dans une puissante explosion de joie (ça se lit sur les visages !) et les choristes ébouriffent avec force La cabane du pêcheur. Quand des ruisseaux de choristes coulent dans les travées, les battements de mains de Knockin’ on Heaven’s Door (Dylan) se répandent et mêlent tous les spectateurs à ce grand vent.

A ces explosions d’énergie et de joie alternent les étapes au coin du feu, avec notre diable de conteur tout en poésie et en humour. Deux phrases suffisent à Pellerin pour suspendre 3000 personnes à ses lèvres, dans un silence à entendre une mouche voler. Et quand les 900 lui prêtent main forte, qu’ils s’interrogent ensemble sur "le sens des choses", l’intime devient universel.

Remonté en selle pour quatre chansons, Francis Cabrel affirme son style, si reconnaissable, tout en se mariant avec attention avec le Grand chœur. On sent qu’il prend très au sérieux ce formidable "instrument" et qu’en sobre artisan, il se délecte de ses possibilités.

Le final (Sarbacane), en forme de cavalcade musclée, convoque l’énergie primitive d’un rock… à 900 ! Foisonnant, explosant, chuchotant, soufflant, le spectacle multiplie les manières et trouve son unité en la forme d’un grand conte flamboyant, épique autant qu’intime.

Le calme est revenu. Une brise du matin souffle par la voix du Grand chœur. Parce que chanter ensemble, comme dit le conteur, "c’est comme espérer ensemble dans la même direction", le concert peut se terminer, comme il a commencé, en lever de soleil, sur une humanité espérante et… dépeignée.

Thibaut Gobry - Nuits de Champagne 

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